À la recherche du chant perdu
Entretien avec Abdourahman A. Waberi par Annie Heminway

Montaigne, notre contemporain
Montaigne ou Nostradamus ? Une série de miniatures visant à démontrer l’actualité de la clairvoyante sagesse de Montaigne.
C’est Montaigne lui-même qui se définit comme un génie sans pareil dans « Du repentir » (Essais, III, ii) : « Les autres forment l’homme ; je le récite et en représente un particulier mal formé, et lequel, si j’avais à façonner de nouveau, je ferais vraiment bien autre qu’il n’est. » Tandis que « les autres » sont définis par les vicissitudes de leur temps, Montaigne définit son temps, qui veut dire qu’il en définit même le nôtre. Il ne s’agit ni de l’alchimie mystérieuse d’un prophète ni de la recherche des universaux stériles, tels les nombreux parallèles historiques qui « retrouvent » le monde actuel dans le passé. En d’autres termes, affubler Montaigne du qualificatif « notre contemporain », c’est le contraire d’une métaphore banale que l’on trouve dans bon nombre de « miroirs » historiques. Si les « autres » écrivent dans l’ombre de leur contexte historique, Montaigne, tout comme Shakespeare (voir Shakespeare, notre contemporain, de Jan Kott), dévoile « l’image de l’Histoire » et l’image du « Grand Mécanisme » (ces expressions sont de Kott) comme symboles de forces réelles, imbriquées, de la même manière aujourd’hui qu’au XVIe siècle, dans l’essence vivante de l’humanité.
© 2016, Zoran Minderovic

Rédacteur associé du Salon .ll. Zoran Minderovic
Chercheur, traducteur, relecteur (membre du PEN Canada) et écrivain, Zoran Minderovic a traduit des livres de Claude Lévi-Strauss, Julia Kristeva et Félix Ravaisson en serbe. Il est rédacteur associé du Salon .ll.
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