Most Recent Postshttp://www.lindaleith.com/Most recent posts.en-usChantal Ringuet. Entretien avec Annie Heminway et Zoran Minderovićhttp://www.lindaleith.com/posts/view/402?lang=FRhttp://www.lindaleith.com/posts/402<p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Chantal_Je%CC%81rusalem_Mont%20Scopus_2012.jpg" style="width: 250px; height: 188px;" /><br /> <span style="font-size:10px;"><span style="font-size:12px;">Chantal Ringuet, Mont Scopus, J&eacute;rusalem</span><br /> [Photo: Pierre Anctil]</span></p> <p> <em>Est-il possible d&rsquo;expliquer &ndash; ou de d&eacute;finir - la magie de J&eacute;rusalem?</em></p> <p> C.R. La &laquo;&nbsp;magie&nbsp;&raquo; de J&eacute;rusalem &eacute;mane de la beaut&eacute; de la ville, de son histoire et surtout, du contact avec ses habitants. L&rsquo;&eacute;crivain alg&eacute;rien francophone Boualem Sansal, que j&rsquo;ai rencontr&eacute; en 2012 dans le cadre du Festival international des &eacute;crivains de J&eacute;rusalem, a affirm&eacute; qu&rsquo;il en &eacute;tait revenu &laquo;&nbsp;heureux et combl&eacute;&nbsp;&raquo;. Son exemple est fort int&eacute;ressant. &Agrave; cette p&eacute;riode, il &eacute;tait accus&eacute; de haute trahison envers la nation arabe et le monde musulman parce qu&rsquo;il avait accept&eacute; l&rsquo;invitation des organisateurs du festival &agrave; se rendre en Isra&euml;l. &laquo;&nbsp;Dans la vieille ville multimill&eacute;naire, &eacute;crit-il, il est simplement inutile de chercher &agrave; comprendre, tout est songe et magie [&hellip;] on passe d&#39;un myst&egrave;re &agrave; l&#39;autre sans transition, on se meut dans les mill&eacute;naires et le paradoxe sous un ciel uniform&eacute;ment blanc et un soleil toujours ardent<a href="#_ftn1" name="_ftnref1" title="">[1]</a>&nbsp;&raquo;. De nos jours, il est souvent difficile d&rsquo;imaginer cette &laquo;&nbsp;magie&nbsp;&raquo; depuis l&rsquo;ext&eacute;rieur, en raison des convictions et des opinions n&eacute;gatives qui perdurent &agrave; l&rsquo;endroit d&rsquo;Isra&euml;l, d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part, de la pr&eacute;sence religieuse qui s&rsquo;y affirme de plus en plus. Mais J&eacute;rusalem est un formidable point de rencontre entre le monde c&eacute;leste et le monde terrestre, ainsi qu&rsquo;entre de nombreuses langues et cultures ayant fa&ccedil;onn&eacute; les contours du Proche-Orient depuis les derniers si&egrave;cles. C&rsquo;est aussi une ville fantasm&eacute;e qui a inspir&eacute; de nombreux &eacute;crivains. Malgr&eacute; sa fragmentation croissante au d&eacute;but du XXI<span style="font-size: 13.3333px;">e&nbsp;</span>si&egrave;cle, elle renferme toujours certains joyaux, dont le patriarcat arm&eacute;nien de J&eacute;rusalem, un v&eacute;ritable havre de paix peu accessible au public. De plus, elle joue un r&ocirc;le central dans l&rsquo;&eacute;ventualit&eacute; de la cr&eacute;ation d&rsquo;un &Eacute;tat palestinien.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Marcel_Jerusalem_2012.jpg" style="width: 350px; height: 197px;" /><br /> Marcel<br /> <span style="font-size:10px;">[Photo : Chantal Ringuet]</span></p> <p> Pour moi, deux rencontres fortuites illustrent la mani&egrave;re dont op&egrave;re la magie de J&eacute;rusalem. D&rsquo;abord, celle de Marcel, un monsieur d&rsquo;&acirc;ge honorable qui vendait des fleurs et des livres d&rsquo;occasion le vendredi dans la rue commerciale du mont Scopus (<em>French Hill</em>). J&rsquo;ai fait sa connaissance en 2012, le lendemain de Yom Ha&rsquo;Shoah, le jour de comm&eacute;moration des victimes de la Shoah. Nous bavardions et apr&egrave;s quelques minutes, il m&rsquo;a fait une confidence &agrave; propos de son fr&egrave;re qui avait &eacute;t&eacute; intern&eacute; &agrave; Auschwitz. Son t&eacute;moignage, tr&egrave;s touchant, r&eacute;v&eacute;lait la sensibilit&eacute; d&rsquo;un Fran&ccedil;ais issu d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration qui a &eacute;t&eacute; lourdement frapp&eacute;e par la guerre, la survivance, l&rsquo;&eacute;migration en Isra&euml;l, le changement de langue et d&rsquo;identit&eacute;. La deuxi&egrave;me rencontre s&rsquo;est produite &agrave; l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2016&nbsp;sur la terrasse du YMCA, un &eacute;tablissement valorisant la rencontre entre les trois grandes cultures de la ville&nbsp;(Juifs, arabes et chr&eacute;tiens)<a href="#_ftn2" name="_ftnref2" title="">[2]</a>. J&rsquo;avais rendez-vous au restaurant Three Arches et j&rsquo;&eacute;tais install&eacute;e &agrave; la terrasse quand une jeune fille arabe, tr&egrave;s souriante, est venue me parler. Nous avons bavard&eacute; un brin. J&rsquo;ai appris qu&rsquo;elle habitait Beit Hanina, une banlieue de J&eacute;rusalem-Est, et qu&rsquo;elle &eacute;tudiait la litt&eacute;rature anglaise &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Bethl&eacute;em. Par la suite, nous avons poursuivi nos &eacute;changes par courriel en discutant de sa vision des femmes, de la religion, des rapports entre hommes et femmes et des relations entre Isra&eacute;liens et Palestiniens. Sa vision des choses &eacute;tait &agrave; la fois nuanc&eacute;e et surprenante. J&rsquo;ai alors d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;int&eacute;grer une partie de nos conversations dans l&rsquo;ouvrage, afin de pr&eacute;senter le point de vue de cette jeune femme qui appartient &agrave; une nouvelle g&eacute;n&eacute;ration, celle qui b&acirc;tira &laquo;&nbsp;l&rsquo;avenir&nbsp;&raquo;.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Me_and_Ameera_Jerusalem_May_2016.jpg" style="width: 300px; height: 224px;" /><br /> <span style="font-size: 10px;">Chantal Ringuet avec Ameera, &eacute;tudiante en litt&eacute;rature anglaise</span><br /> <span style="font-size: 10px;">[Photo: Simon-Pierre Lacasse]</span></p> <p> En r&eacute;sum&eacute;, je dirais que la magie de J&eacute;rusalem se manifeste souvent de mani&egrave;re inattendue dans cet environnement empreint d&rsquo;une beaut&eacute; pittoresque, mais associ&eacute; &agrave; un contexte porteur d&rsquo;une lourde charge historique, politique et affective. Si l&rsquo;on n&rsquo;est pas croyant, on se lassera vite des c&eacute;r&eacute;monies religieuses qui se d&eacute;roulent r&eacute;guli&egrave;rement dans la vieille ville, comme je l&rsquo;expose de mani&egrave;re un peu ironique dans un chapitre intitul&eacute; <em>Ras-le-bol des Lamentations. </em>Ainsi, grandes sont les chances que ce ne soit pas les lieux saints, mais plut&ocirc;t les habitants de la ville qui nous la fassent d&eacute;couvrir.</p> <p> <em>&Eacute;tant donn&eacute; que les &eacute;crivains en Isra&euml;l se trouvent dans une situation de fragilit&eacute; multidimensionnelle, leur langue et leur pays &eacute;tant mis en question, pensez-vous que toute litt&eacute;rature, dans ce contexte, doit &ecirc;tre engag&eacute;e&nbsp;?</em></p> <p> Puisque la question concerne Isra&euml;l, je vais parler exclusivement de ce pays. En Isra&euml;l, la question de l&rsquo;engagement des &eacute;crivains est extr&ecirc;mement importante, notamment en ce qui concerne la paix. Le mouvement pour la paix isra&eacute;lien &laquo;&nbsp;La paix maintenant&nbsp;&raquo; (<em>Shalom Akhshav</em>) poursuit ses activit&eacute;s depuis 1978&nbsp;; il vise la reconnaissance d&rsquo;un &Eacute;tat palestinien tout en se revendiquant sioniste. Parmi ses &eacute;minents repr&eacute;sentants, il compte les romanciers Amos Oz et David Grossman. Pour eux comme pour bon nombre d&rsquo;&eacute;crivains, promouvoir la paix et veiller &agrave; la r&eacute;conciliation entre les deux peuples est absolument indispensable. Cela, d&rsquo;autant que les r&eacute;surgences du conflit isra&eacute;lo-palestinien confrontent les citoyens &agrave; l&rsquo;urgence de se prononcer contre la violence et de d&eacute;fendre des valeurs qui unissent au lieu de diviser la population au Proche-Orient. Ainsi, en 2014, &agrave; la suite du conflit &agrave; Gaza, l&rsquo;&eacute;crivain arabe Sayed Kashua et l&rsquo;Isra&eacute;lien Etgar Keret ont entretenu une correspondance &agrave; ce sujet qui a &eacute;t&eacute; publi&eacute;e dans le <em>New Yorker. </em>Si cela n&rsquo;a rien r&eacute;gl&eacute; sur le plan politique, la suite a bien montr&eacute; qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un geste courageux et porteur de risques, justement parce qu&rsquo;il met &agrave; jour une situation intol&eacute;rable. Apr&egrave;s, Etgar Keret a re&ccedil;u des menaces de mort. Sayed Kashua, lui, voyant que la situation ne changerait pas, a d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;aller vivre aux &Eacute;tats-Unis. Leur exemple r&eacute;v&egrave;le le caract&egrave;re tragique de la situation. De plus, il montre qu&rsquo;un v&eacute;ritable foss&eacute; subsiste entre la pens&eacute;e de nombreux Hi&eacute;rosolomytains et l&rsquo;id&eacute;ologie des politiciens au pouvoir en Isra&euml;l.</p> <p> Il est difficile de se prononcer sur ce que &laquo;&nbsp;devrait&nbsp;&raquo; &ecirc;tre une litt&eacute;rature, sur l&rsquo;engagement qu&rsquo;elle implique, par exemple en Isra&euml;l. De mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, c&rsquo;est une question &agrave; laquelle chaque &eacute;crivain(e) est confront&eacute;(e) de mani&egrave;re tr&egrave;s personnelle. Parler de l&rsquo;engagement politique des &eacute;crivains dans la perspective de la mise en question de la l&eacute;gitimit&eacute; de leur langue et de leur pays, cela nous ram&egrave;ne &eacute;videmment &agrave; la question nationale. Question centrale, certes, mais doit-on pour autant y restreindre la litt&eacute;rature? Cela n&rsquo;est pas sa fonction. D&rsquo;ailleurs, plusieurs &eacute;crivains dont la d&eacute;marche est plus intime ou cosmopolite se sont d&eacute;tach&eacute;s de la question nationale et des consid&eacute;rations politiques. Je ne crois pas pour autant qu&rsquo;ils ferment les yeux sur la r&eacute;alit&eacute; humaine et sociale qui les entoure. La po&eacute;sie de Sivan Beskin est d&eacute;pourvue de revendications politiques, car ses textes permettent justement de traverser les fronti&egrave;res tout en fusionnant les cultures et les m&eacute;diums&nbsp;: la musique rock, l&rsquo;art de la Renaissance en Italie et en France, etc. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle participe &agrave; la vitalit&eacute; de la litt&eacute;rature isra&eacute;lienne de sa g&eacute;n&eacute;ration. La revue litt&eacute;raire <em>Ho!</em>, dont le titre se prononce dans toutes les langues, a aussi une vocation tr&egrave;s cosmopolite&nbsp;: on y fait la part belle &agrave; la traduction et aux auteurs europ&eacute;ens, notamment les auteurs fran&ccedil;ais.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Zeruya%20Shalev_Jerusalem_May_2016.jpg" style="width: 200px; height: 200px;" /><br /> <span style="font-size:12px;">Zeruya Shalev</span><br /> <span style="font-size:10px;">[Photo: Chantal Ringuet]</span></p> <p> Pendant longtemps, c&rsquo;est-&agrave;-dire jusqu&rsquo;aux ann&eacute;es 1990, la litt&eacute;rature isra&eacute;lienne a &eacute;t&eacute; centr&eacute;e sur la question de la nation. Durant quatre d&eacute;cennies, donc, elle r&eacute;pondait &agrave; l&rsquo;id&eacute;al sioniste. Or, une litt&eacute;rature centr&eacute;e exclusivement sur la question nationale peut-elle gagner une reconnaissance internationale? N&rsquo;est-ce pas la fonction de la litt&eacute;rature de procurer une ouverture sur le monde? Je citerai finalement l&rsquo;exemple de Zeruya Shalev. Auteure isra&eacute;lienne de renom, Shalev a produit des textes intimes dans lesquels elle d&eacute;peint des histoires amoureuses. Depuis des ann&eacute;es, les journalistes ne cessent de l&rsquo;interroger au sujet de son engagement et de l&rsquo;impact du conflit isra&eacute;lo-palestinien sur son &oelig;uvre. Au point o&ugrave; certains journalistes, incapables de dissocier la litt&eacute;rature des questions politiques, ont d&eacute;j&agrave; propos&eacute; des interpr&eacute;tations douteuses de ses romans, d&rsquo;apr&egrave;s lesquelles les protagonistes de ses histoires amoureuses repr&eacute;senteraient d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; Isra&euml;l et de l&rsquo;autre la Palestine. Selon Shalev, le contexte de violence qui s&eacute;vit au Moyen-Orient rend l&rsquo;&eacute;criture difficile&nbsp;: l&rsquo;&eacute;crivain doit se retirer pour &eacute;crire, il doit maintenir une certaine distance avec le monde qu&rsquo;il d&eacute;peint, et parfois, cela devient impossible.</p> <p> <em>Vous critiquez les simplifications m&eacute;diatiques dans le discours concernant le conflit, ou les conflits, au Proche-Orient. Quelles sont les complexit&eacute;s&mdash;politiques, historiques et psychologiques qui &eacute;chappent aux &laquo;&nbsp;experts&nbsp;&raquo;&nbsp;?</em></p> <p> Il faut d&rsquo;abord bien d&eacute;finir ce qu&rsquo;on entend par &laquo;&nbsp;expert&nbsp;&raquo;. Un expert doit &ecirc;tre tr&egrave;s inform&eacute; du sujet, avoir une certaine exp&eacute;rience du contexte, conserver une certaine distance vis-&agrave;-vis de celui-ci et &eacute;mettre un point de vue nuanc&eacute;. Cela implique qu&rsquo;il doit de se tenir &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des discours partisans, id&eacute;ologiques ou dogmatiques. Dans le cas du conflit au Proche-Orient, il s&rsquo;agit d&rsquo;une responsabilit&eacute; tr&egrave;s difficile. La fragilit&eacute; du contexte g&eacute;opolitique, la couverture m&eacute;diatique du conflit par les m&eacute;dias occidentaux et la d&eacute;sinformation sont autant de facteurs qui contribuent &agrave; fa&ccedil;onner une image dichotomique des relations entre Isra&euml;l et la Palestine. Cette situation est propice &agrave; l&rsquo;expression d&rsquo;opinions tranch&eacute;es et &agrave; la formulation de jugements p&eacute;remptoires; bref, au d&eacute;ferlement des passions.</p> <p> Parmi les complexit&eacute;s qui &eacute;chappent parfois aux &laquo;&nbsp;experts&nbsp;&raquo;, il y a d&rsquo;abord les difficult&eacute;s li&eacute;es &agrave; la vie qui se d&eacute;roule sur place. Discuter du conflit ou de la r&eacute;surgence de la violence au Proche-Orient &agrave; distance, c&rsquo;est une chose; mais dans la vraie vie, la r&eacute;alit&eacute; se d&eacute;roule tout autrement. Contrairement &agrave; ce que donne &agrave; penser l&rsquo;image des relations entre Isra&eacute;liens et Palestiniens que projettent souvent les m&eacute;dias, la vie quotidienne dans une ville comme J&eacute;rusalem n&rsquo;est pas marqu&eacute;e par un affrontement perp&eacute;tuel entre les habitants des deux c&ocirc;t&eacute;s. Il y a certes des tensions, mais ce que la majorit&eacute; des habitants souhaitent, c&rsquo;est la paix&hellip; Et puis, entre le moment o&ugrave; un &eacute;v&eacute;nement survient et la diffusion de l&rsquo;information dans les m&eacute;dias, il y a souvent des donn&eacute;es qui se perdent ou qui sont d&eacute;form&eacute;es. Ainsi, la simplification du conflit ne facilite pas la compr&eacute;hension que l&rsquo;on peut en avoir, y compris en tant qu&rsquo;expert.</p> <p> Mais il y a plus. L&rsquo;exemple d&rsquo;Ethan Bronner, ancien chef du bureau du <em>New York Times</em> &agrave; J&eacute;rusalem, me para&icirc;t particuli&egrave;rement &eacute;vocateur de l&rsquo;envergure des difficult&eacute;s en question. Dans un article percutant qui a paru dans le journal en 2009<a href="#_ftn3" name="_ftnref3" title="">[3]</a>, Bronner a expos&eacute; &agrave; quel point les deux c&ocirc;t&eacute;s (isra&eacute;lien et palestinien) parlent des langues diff&eacute;rentes. Autrement dit, ils utilisent des termes semblables, mais ceux-ci comportent une signification oppos&eacute;e. Ainsi, cette &laquo;&nbsp;guerre des langues&nbsp;&raquo; d&eacute;concertera n&rsquo;importe quel journaliste qui cherche &agrave; raconter le conflit d&rsquo;une mani&egrave;re qui sera consid&eacute;r&eacute;e juste et &eacute;quitable &agrave; la fois par les Isra&eacute;liens et par les Palestiniens.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Tel%20Aviv_Bauhaus_2013.jpg" style="width: 250px; height: 188px;" /><img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Tel%20Aviv_boul_Rotschild_2012.jpg" style="width: 250px; height: 188px;" /><br /> Bauhaus, Tel Aviv &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;Boulevard Rothschild, Tel Aviv<br /> [Photos : Chantal Ringuet]</p> <p> <em>Tel-Aviv, une ville &agrave; part? Comment expliquez-vous l&rsquo;&eacute;norme vitalit&eacute; culturelle et le cosmopolitisme de cette ville qui est diff&eacute;rente des autres de la r&eacute;gion&nbsp;?</em></p> <p> Tel-Aviv est une ville jeune, dynamique, exub&eacute;rante. Fond&eacute;e en 1909 en Palestine juive, elle s&rsquo;est d&eacute;finie d&rsquo;entr&eacute;e de jeu comme une ville moderne &agrave; caract&egrave;re europ&eacute;en, notamment en raison des nombreux immeubles au style architectural Bauhaus qu&rsquo;on y a construits. C&rsquo;est une ville qui a pouss&eacute; au milieu du d&eacute;sert du jour au lendemain dans une r&eacute;gion du monde habit&eacute;e depuis plusieurs mill&eacute;naires. Au d&eacute;part, la majorit&eacute; des Juifs d&rsquo;Europe ne voulaient pas s&rsquo;y installer: c&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;Orient, en somme, avec tous ses d&eacute;fauts, comme l&rsquo;&eacute;voque le personnage de la grand-m&egrave;re dans le roman autobiographique d&rsquo;Amos Oz, <em>Une histoire d&rsquo;amour et de t&eacute;n&egrave;bres.</em> On conna&icirc;t bien le contraste saisissant entre J&eacute;rusalem, ville &agrave; caract&egrave;re historique et religieux, et Tel Aviv, cit&eacute; empreinte de modernit&eacute; et de la&iuml;cit&eacute;. En r&eacute;alit&eacute;, Tel-Aviv est une enclave qui s&rsquo;apparente, &agrave; certains &eacute;gards, &agrave; une ville comme Berlin, voire Montr&eacute;al... Les films d&rsquo;Amos Gita&iuml;, dont <em>Alila</em> (2003), repr&eacute;sentent fort bien l&rsquo;aspect d&eacute;construit de la ville, de m&ecirc;me que l&rsquo;absence de s&eacute;dimentation des classes sociales et les valeurs d&eacute;mocratiques qui la caract&eacute;risent. Certains la trouvent un peu clinquante, mais avec son bord de mer, ses nombreuses institutions culturelles et ses caf&eacute;s, c&rsquo;est une ville anim&eacute;e d&rsquo;une forte effervescence culturelle. De mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, c&rsquo;est vraiment une ville o&ugrave; il fait bon vivre.</p> <p> <em>Parlez-nous des &eacute;crivains isra&eacute;liens qui, venus d&rsquo;Europe et parlant d&rsquo;autres langues, ont adopt&eacute; l&rsquo;h&eacute;breu, la langue nationale, comme langue maternelle.</em></p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Sivan_Beskin_2013.jpg" style="width: 200px; height: 280px;" /><br /> Sivan Beskin&nbsp;<br /> <span style="font-size:10px;">[Photo: Iris Nesher, 2009]</span></p> <p> Il faut d&rsquo;abord rappeler que c&rsquo;est le cas de la vaste majorit&eacute; des &eacute;crivains isra&eacute;liens au XX<sup>e</sup> si&egrave;cle&nbsp;: pratiquement tous ont &eacute;migr&eacute; en Isra&euml;l, ils ont adopt&eacute; l&rsquo;h&eacute;breu. Je pense spontan&eacute;ment &agrave; deux exemples associ&eacute;s &agrave; des g&eacute;n&eacute;rations diff&eacute;rentes&nbsp;: Aharon Applefeld et Sivan Beskin. Enfant orphelin durant la guerre, le premier a surv&eacute;cu &agrave; la Shoah: il a &eacute;t&eacute; accueilli par un groupe de r&eacute;fugi&eacute;s qui se d&eacute;pla&ccedil;ait incessamment, avant de rejoindre un groupe qui entra&icirc;nait les jeunes juifs en Italie avant de les envoyer en Isra&euml;l. Avant son arriv&eacute;e, on lui a donn&eacute; un nom h&eacute;breu dont il ne voulait pas. Il a d&ucirc; changer de langue et se reconstruire totalement alors qu&rsquo;il avait tout perdu. Apprendre la nouvelle langue, dans ce contexte, instaurait une coupure avec le monde de sa jeunesse, avec ses parents d&eacute;port&eacute;s, avec l&rsquo;Europe, etc. Il a d&ucirc; changer d&rsquo;identit&eacute;, devenir isra&eacute;lien en r&eacute;pondant &agrave; l&rsquo;id&eacute;al du sionisme, moins par choix qu&rsquo;en raison du contexte de l&rsquo;apr&egrave;s-guerre, une p&eacute;riode extr&ecirc;mement charg&eacute;e o&ugrave; tous les espoirs &eacute;taient tourn&eacute;s vers la fondation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l. Pour lui, comme pour plusieurs gar&ccedil;ons de son &acirc;ge, ce fut un long apprentissage dans un contexte de trauma et de deuil.</p> <p> Le deuxi&egrave;me exemple&nbsp;est celui de Sivan Beskin. N&eacute;e en Lituanie, Sivan est arriv&eacute;e en Isra&euml;l avec sa famille apr&egrave;s la chute du bloc de l&rsquo;Est, vers l&rsquo;&acirc;ge de quatorze ans. D&egrave;s cette p&eacute;riode, elle a adopt&eacute; l&rsquo;h&eacute;breu&nbsp;: mais contrairement &agrave; Aharon Appelfeld, l&rsquo;&eacute;migration &eacute;tait davantage associ&eacute;e, pour elle, &agrave; une libert&eacute; nouvelle qu&rsquo;&agrave; la d&eacute;route et au deuil. Pour cette raison, elle s&rsquo;est adapt&eacute;e rapidement. Aujourd&rsquo;hui, elle &eacute;crit en h&eacute;breu et elle chante des chansons en russe &agrave; ses enfants afin de leur transmettre sa langue maternelle.</p> <p> Comme les autres auteurs qui ont fait <em>aliyah</em> (&eacute;migr&eacute; en Isra&euml;l), ces &eacute;crivains font face &agrave; un probl&egrave;me g&eacute;n&eacute;ral&nbsp;: leur lectorat est tr&egrave;s restreint. Tant qu&rsquo;il ne seront pas traduits &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, leurs ouvrages demeureront connus par un petit nombre de lecteurs.</p> <p> <em>Pourriez-vous imaginer votre vie au Proche-Orient?</em></p> <p> Le Proche-Orient est une r&eacute;gion o&ugrave; je retourne assez r&eacute;guli&egrave;rement. J&rsquo;y retournerais certes pour un s&eacute;jour de quelques mois, mais y habiter en permanence ne me conviendrait pas. D&rsquo;ailleurs, je n&rsquo;y ai pas de famille et je ne parle couramment ni l&rsquo;h&eacute;breu ni l&rsquo;arabe. Depuis les derni&egrave;res ann&eacute;es, je voyage beaucoup et j&rsquo;appr&eacute;cie de plus en plus la libert&eacute; de me d&eacute;placer entre diff&eacute;rentes villes, de circuler entre les cultures et les langues&hellip; L&rsquo;enracinement m&rsquo;int&eacute;resse de moins en moins. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs un aspect que j&rsquo;aborde &agrave; la fin de mon ouvrage, en citant l&rsquo;&eacute;crivain italien Erri de Luca. Dans son ouvrage <em>Noyau d&rsquo;olive</em> (2004), celui-ci rappelle que selon le texte de la Bible, &laquo;&nbsp;les hommes sont locataires et non propri&eacute;taires du sol&nbsp;&raquo;. &Agrave; trop vouloir se l&rsquo;approprier, on met en p&eacute;ril le destin de l&rsquo;humanit&eacute;.</p> <div> <br clear="all" /> <hr align="left" size="1" width="33%" /> <div id="ftn1"> <p> <a href="#_ftnref1" name="_ftn1" title="">[1]</a> Boualem Sansal, &laquo;&nbsp;Je suis all&eacute; en Isra&euml;l&hellip; Et j&rsquo;en suis revenu riche et heureux&nbsp;&raquo;, Harissa, 29 mai 2012. http://harissa.com/forums/read.php?56,94162</p> </div> <div id="ftn2"> <p> <a href="#_ftnref2" name="_ftn2" title="">[2]</a> Il faut pr&eacute;ciser que ce YMCA se distingue clairement de ceux que l&rsquo;on retrouve en Am&eacute;rique du Nord.</p> </div> <div id="ftn3"> <p> <a href="#_ftnref3" name="_ftn3" title="">[3]</a> http://www.nytimes.com/2009/01/25/weekinreview/25bronner.html<br /> <br /> &copy; 2017, Annie Heminway,&nbsp;Zoran Minderović</p> </div> </div> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <br /> <img alt="" src="http://www.lindaleith.com/app/webroot/uploads/images/Annie%20Heminway.jpg" style="padding-right: 0px; padding-left: 0px; margin-bottom: 0px; max-width: 650px; width: 150px; height: 215px;" /><br /> <span style="color:#000000;"><span style="font-family: &quot;times new roman&quot;, times, serif; font-size: 12px;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12px;">Annie Heminway</span></span></p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <span style="font-size:14px;"><span style="font-family:times new roman,times,serif;"><span style="color:#000000;">Annie Heminway enseigne l&rsquo;&eacute;criture cr&eacute;ative, la Litt&eacute;rature-Monde et la traduction en ligne &agrave; New York University. Elle est traductrice litt&eacute;raire, r&eacute;dactrice &agrave; M&eacute;moire d&rsquo;encrier &agrave; Montr&eacute;al et consultante pour le Festival litt&eacute;raire international de Montr&eacute;al Metropolis bleu et Femmes au-del&agrave; des Mers &agrave; Paris. Elle est l&rsquo;auteur d&rsquo;une quinzaine de livres, les plus r&eacute;cents,&nbsp;<em>French Demystified</em>&nbsp;et la s&eacute;rie&nbsp;<em>Practice Makes Perfect</em>&nbsp;(New York: McGraw-Hill 2011). Elle est directrice litt&eacute;raire pour le contenu fran&ccedil;ais du <em>Salon&nbsp;<span style="font-family:arial,helvetica,sans-serif;">.ll.</span></em></span></span></span></p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <img alt="" data-pin-nopin="true" src="http://www.lindaleith.com/app/webroot/uploads/images/Zoran%20lo-res.jpg" style="padding-right: 0px; padding-left: 0px; margin-bottom: 0px; max-width: 650px; width: 150px; height: 150px;" /><br /> <span style="color:#000000;"><span style="font-size:10px;"><span style="font-family:arial,helvetica,sans-serif;">Zoran Minderović</span></span></span></p> <p> <span style="font-size:14px;">Chercheur, traducteur, relecteur (membre du PEN Canada) et &eacute;crivain, <span style="font-family:times new roman,times,serif;">Zoran&nbsp;Minderović</span>&nbsp;a traduit des livres de Claude L&eacute;vi-Strauss, Julia Kristeva et F&eacute;lix Ravaisson en serbe. Il est r&eacute;dacteur associ&eacute; du&nbsp;<em>Salon&nbsp;<span style="font-family:arial,helvetica,sans-serif;">.ll.</span></em></span></p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Chantal_Ringuet_32_LR%20Richard-Max%20Tremblay%20copy.jpeg" style="width: 200px; height: 133px;" /><br /> <font face="Questrial, sans-serif"><span style="font-size: 10px;">Chantal Ringuet<br /> <span style="font-size:8px;">[Photo: Richard-Max Tremblay]</span></span></font></p> <p> <span style="font-size:14px;"><span style="font-family:times new roman,times,serif;">&Eacute;crivaine, chercheure et traductrice,&nbsp;<strong>Chantal Ringuet</strong>&nbsp;est l&rsquo;auteure de recueils de po&eacute;sie (prix litt&eacute;raire Jacques-Poirier 2009) et d&rsquo;ouvrages sur le Montr&eacute;al yiddish. Elle a fait para&icirc;tre un collectif sur Leonard Cohen et une traduction de l&rsquo;autobiographie de Marc Chagall.&nbsp;<strong><em><a href="http://www.lindaleith.com/publishings/view/57">Un pays&nbsp;<span style="background-color: rgb(255, 255, 255);">o&ugrave;&nbsp;</span>la terre se fragmente. Carnets de J&eacute;rusalem</a>&nbsp;</em></strong>est&nbsp;publi&eacute; par&nbsp;Linda Leith &Eacute;ditions (2017).&nbsp;</span></span></p> Wed, 02 Aug 2017 11:49:59 -0400Pastoureau, Wittgenstein et l’œuvre au noir, par Zoran Minderovićhttp://www.lindaleith.com/posts/view/399?lang=FRhttp://www.lindaleith.com/posts/399<p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/WITTGENSTEIN.jpg" style="width: 300px; height: 225px;" /><br /> <br /> Les philosophes ne s&rsquo;&eacute;tonneront pas de trouver une lucide explication de la pens&eacute;e de Ludwig Wittgenstein dans un livre aussi d&eacute;licieusement ind&eacute;finissable que <em>Les couleurs de nos souvenirs </em>de Michel Pastoureau, car il est impossible de comprendre un philosophe inclassable en ne s&rsquo;appuyant que sur un discours lin&eacute;aire et bien d&eacute;fini&mdash;autrement dit&nbsp;: sp&eacute;cialis&eacute;.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Patoureau.jpeg" style="width: 103px; height: 155px;" /><br /> <span style="font-size:10px;">Michel Pastoureau</span></p> <p> Demeurant, pour le moment, dans l&rsquo;ombre de la paradoxologie de Wittgenstein, ce philosophe qui est mystique et positiviste logique, <em>en m&ecirc;me temps, </em>je d&eacute;finirais Pastoureau comme un <em>grand sp&eacute;cialiste </em>dont le discours multiforme, multidimensionnel et polyphonique, d&eacute;passe, de par sa nature, toute &eacute;criture experte, pour la simple raison que son expertise, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de Wittgenstein ou de la couleur du&nbsp;Moyen &Acirc;ge, est <em>universelle. </em>Par exemple, Pastoureau aborde un texte de Wittgenstein portant sur la couleur noire (<em>Les couleurs de&nbsp;nos souvenirs, </em>p. 172-173), dans un esprit ludique, c&rsquo;est-&agrave;-dire wittgensteinien, connaissant bien, m&ecirc;me mieux que les philosophes professionnels, l&rsquo;essence <em>ludique </em>de la pens&eacute;e du philosophe autrichien.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/MALINCONIA.jpg" style="width: 200px; height: 169px;" /></p> <p> Pastoureau critique les propositions autant cat&eacute;goriques que probl&eacute;matiques, dans <em>Bemerkungen &uuml;ber die Farben </em>(Ludwig Wittgenstein, <em>Remarques sur les couleurs</em>, traduit par G&eacute;rard Granel, Trans-Europ-Repress, 1984), o&ugrave; le l&rsquo;auteur, dans fragment 156 de son livre, nie l&rsquo;existence du <em>noir luminescent, </em>contredisant, para&icirc;t-il, l&rsquo;exp&eacute;rience de la luminosit&eacute; que l&rsquo;on trouve, comme Pastoureau nous rappelle, chez de nombreux peintres, y compris V&eacute;lasquez, Manet et Soulages.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/SOULAGES-.jpg" style="width: 200px; height: 131px;" /></p> <p> En lisant Pastoureau, on se rend compte de l&rsquo;ambivalence ludique des assertions wittgensteiniennes. Ainsi le noir luminescent, un noir pr&eacute;tendument inexistant, jaillit, brusquement, lorsque Wittgenstein se demande pourquoi le noir brillant et le noir mat ne portent pas des noms de couleur diff&eacute;rents (Pastoureau, p.&nbsp;172).&nbsp;Mais ces noms existent, s&rsquo;exclame Pastoureau, dans les langues indo-europ&eacute;ennes, notamment le latin et les langues germaniques. Est-il possible, nous demande Pastoureau, que Wittgenstein ignore ce fait linguistique&nbsp;? Peut-&ecirc;tre, si on qualifie cette ignorance comme docte ou ludique. Que l&rsquo;ignorance de Wittgenstein soit ludique, s&rsquo;imbriquant dans son architecture vertigineuse des jeux de langage, Pastoureau ne laisse aucun doute, en caract&eacute;risant, hypoth&eacute;tiquement, cette ignorance comme une feinte par laquelle Wittgenstein nous propose un jeu qui permet l&rsquo;inexistence d&rsquo;un existant&mdash;un jeu, autrement dit, qui facilite un questionnement infini, libre de toute entrave physique ou m&eacute;taphysique. Il est facile de discerner ce questionnement ouvert dans l&rsquo;&oelig;uvre de Michel Pastoureau, qui nous incante, par sa luminosit&eacute; polychromatique, toutes les harmonies du noir. &nbsp;&nbsp;</p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: &quot;times new roman&quot;, times, serif;"><span style="color: rgb(0, 0, 0);">&copy; 2016,&nbsp;Zoran Minderović</span></span></span><br /> &nbsp;</p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <img alt="" data-pin-nopin="true" src="http://www.lindaleith.com/app/webroot/uploads/images/Zoran%20lo-res.jpg" style="padding-right: 0px; padding-left: 0px; margin-bottom: 0px; max-width: 650px; width: 150px; height: 160px;" /><br /> <span style="font-size: 12px;"><span style="color: rgb(0, 0, 0);"><span style="font-family: &quot;times new roman&quot;, times, serif;">Zoran&nbsp;Minderović</span></span></span></p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <span style="color: rgb(0, 0, 0);"><span style="font-family: &quot;times new roman&quot;, times, serif;">Chercheur, traducteur, relecteur (membre du PEN Canada) et &eacute;crivain, Zoran Minderović a traduit des livres de Claude L&eacute;vi-Strauss, Julia Kristeva et F&eacute;lix Ravaisson en serbe. Il est r&eacute;dacteur associ&eacute; du&nbsp;<strong><em>Salon&nbsp;<span style="font-size: 12px;"><span style="font-family: verdana, geneva, sans-serif;">.ll.</span></span></em></strong></span></span></p> <div> &nbsp;</div> Fri, 21 Apr 2017 10:44:38 -0400 Le château intérieur de Sainte Thérèse d'Avila I, par Katerine Caronhttp://www.lindaleith.com/posts/view/396?lang=FRhttp://www.lindaleith.com/posts/396<p> J&#39;entre dans&nbsp;<em>Le Ch&acirc;teau int&eacute;rieur&nbsp;</em>de Sainte Th&eacute;r&egrave;se d&#39;Avila&nbsp;o&ugrave; je suis&nbsp;guid&eacute;e par&nbsp;la voix pr&eacute;cise,&nbsp;soignante,&nbsp;humble,&nbsp;immense de Sainte Th&eacute;r&egrave;se d&rsquo;Avila.&nbsp;Cette &oelig;uvre mystique &eacute;crite au XVIe si&egrave;cle est toujours d&#39;actualit&eacute;.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/santa-teresa-de-avila-12sept2012.jpg" style="width: 250px; height: 298px;" /></p> <p> MA PREMI&Egrave;RE CONVERSATION AVEC SAINTE TH&Eacute;R&Egrave;SE D&#39;AVILA<br /> &nbsp;</p> <p> <em>Un vieux mar&eacute;cage</em></p> <p> <em>Une grenouille y saute</em></p> <p> <em>Oh le bruit de l&rsquo;eau</em>&nbsp;(Bash&ocirc;)</p> <p> Il y a des moments o&ugrave; mon c&oelig;ur ressemble &agrave; un mar&eacute;cage morne et mat.&nbsp;Une grenouille saute. Mouvement.&nbsp;Ouverture.</p> <p> &Agrave; travers l&rsquo;&eacute;criture de ce ha&iuml;ku, Bash&ocirc; cr&eacute;e&nbsp;un satori&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Oh le bruit de l&rsquo;eau&nbsp;&raquo;. Son &eacute;clatant et profond.&nbsp;Fissure. D&eacute;ploiement&nbsp;d&rsquo;une&nbsp;lumi&egrave;re.&nbsp;Transcendance.&nbsp;Roland Barthes d&eacute;finit ainsi le satori&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le satori qui est probablement une sorte de constant mat du r&eacute;el.&nbsp;&raquo;&nbsp;</p> <p> Et le mar&eacute;cage revient, mais vibre ce petit &laquo;&nbsp;tilt&nbsp;&raquo;, ce satori, ou&nbsp;ce moment de gr&acirc;ce qui&nbsp;s&#39;est&nbsp;manifest&eacute;&nbsp;avec une douceur, une d&eacute;licatesse aussi forte qu&rsquo;un volcan qui &eacute;veille mon &acirc;me.&nbsp;Une passion s&rsquo;est install&eacute;e en moi pour l&rsquo;amour, le pardon.</p> <p> En pleine for&ecirc;t, il y a une forme d&rsquo;abandon, de communion.</p> <p> Sainte Th&eacute;r&egrave;se d&rsquo;Avila mentionne qu&rsquo;il ne faut pas&nbsp;provoquer un&nbsp;moment&nbsp;de gr&acirc;ce, on ne peut ni&nbsp;le contr&ocirc;ler ni le poss&eacute;der. Qu&#39;un souvenir diffus, comme le go&ucirc;t fugitif de glace dans ma bouche.</p> <p> La gr&acirc;ce&nbsp;se donne, vient, et s&rsquo;ach&egrave;ve. Gratitude.</p> <p> Le mar&eacute;cage revient ou l&rsquo;ac&eacute;die.&nbsp;</p> <p> Roland Barthes parle ainsi&nbsp;de l&rsquo;ac&eacute;die&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ce n&rsquo;est pas une perte de croyance, c&rsquo;est une perte d&rsquo;investissement. [&hellip;] La vie (spirituelle) appara&icirc;t monotone, sans but, p&eacute;nible et inutile.&nbsp;&raquo;</p> <p> L&rsquo;ac&eacute;die n&rsquo;est pas une absence de foi, c&rsquo;est une perte d&rsquo;investissement spirituel. La perte d&rsquo;investissement spirituel, selon moi, se manifeste d&rsquo;abord physiquement. Un mal-&ecirc;tre physique, une forme de resserrement de mon diaphragme.&nbsp;</p> <p> Il me tarde alors d&rsquo;entrer dans&nbsp;<em>Le Ch&acirc;teau int&eacute;rieur&nbsp;</em>o&ugrave; je suis,&nbsp;guid&eacute;e par&nbsp;la voix pr&eacute;cise, soignante humble,&nbsp;immense de Sainte Th&eacute;r&egrave;se d&rsquo;Avila.&nbsp;Cette &oelig;uvre mystique &eacute;crite au XVIe si&egrave;cle est toujours d&#39;actualit&eacute;.</p> <p> Dans&nbsp;la premi&egrave;re&nbsp;Demeure<u>, </u>mon &acirc;me est d&eacute;j&agrave; saisie par le mouvement profond, myst&eacute;rieux, de la lumi&egrave;re centrale de la septi&egrave;me Demeure, la vie nouvelle, &laquo; une vie d&#39;amour sans limites&nbsp;&raquo;. L&rsquo;&acirc;me est un &laquo;&nbsp;mat&nbsp;&raquo; autour duquel gravitent autour sept Demeures.</p> <p> Le chapitre premier de la premi&egrave;re demeure affirme ceci : &laquo;&nbsp;L&#39;oraison est la porte de ce ch&acirc;teau.&nbsp;&raquo;&nbsp;</p> <p> L&#39;oraison, le moment de gr&acirc;ce, le petit &laquo;&nbsp;tilt&nbsp;&raquo;, le satori.<br /> &nbsp;</p> <p> <span style="color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; font-size: 14px;">&copy; 2017, Katerine Caron</span></p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Katerine%20Caron.jpg" style="width: 300px; height: 200px;" /><br /> <span style="font-family:arial,helvetica,sans-serif;"><span style="color:#696969;"><span style="font-size:12px;">Katerine Caron</span></span></span></p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <span style="font-size:12px;">Katerine Caron est romanci&egrave;re et po&egrave;te. Elle a publi&eacute; un roman aux &Eacute;ditions du Bor&eacute;al,&nbsp;<em>Vous devez &ecirc;tre heureuse</em>, qui a &eacute;t&eacute; nomin&eacute; pour le Prix du Gouverneur G&eacute;n&eacute;ral et le prix Anne H&eacute;bert. Elle a publi&eacute; deux recueils de po&eacute;sie aux &Eacute;ditions du Noro&icirc;t:&nbsp;<em>Cette heure n&rsquo;est pas seule</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Encore vivante</em>. Elle a fait son m&eacute;moire de ma&icirc;trise sur la lumi&egrave;re dans la po&eacute;sie de Saint-Denys Garneau. Projet en cours: boursi&egrave;re du Conseil des arts et des lettres du Qu&eacute;bec, elle&nbsp;r&eacute;vise le manuscrit de son deuxi&egrave;me roman.</span></p> <p> &nbsp;</p> <p> &nbsp;</p> Mon, 20 Mar 2017 14:55:38 -0400Autour d'un feu, par Maryse Barbancehttp://www.lindaleith.com/posts/view/395?lang=FRhttp://www.lindaleith.com/posts/395<p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Feu.jpg" style="width: 400px; height: 300px;" /><br /> <br /> Il est des livres que l&rsquo;on attend sans le savoir. <em>Je sais trop bien ne pas exister</em> est de ceux-l&agrave;, qui souffle un tel courant d&rsquo;air frais que l&rsquo;on s&rsquo;&eacute;tonne d&rsquo;avoir pu respirer tout &agrave; fait bien auparavant.<br /> <br /> Les premi&egrave;res lignes donnent le ton : &laquo;&nbsp;Si le sort du Qu&eacute;bec me fascine autant, c&rsquo;est que je crois y reconna&icirc;tre ma propre n&eacute;vrose&nbsp;: ne jamais se sentir autant soi-m&ecirc;me que sur le seuil de la disparition.&nbsp;&raquo; Mais s&rsquo;agit-il d&rsquo;une n&eacute;vrose&nbsp;? Cette posture d&rsquo;ind&eacute;termination, o&ugrave; se trouve &mdash; se place &mdash; le Qu&eacute;bec, n&rsquo;est-elle pas &agrave; prendre, peut-&ecirc;tre comme un sympt&ocirc;me, mais surtout, &agrave; l&rsquo;instar de tout sympt&ocirc;me, comme une parole ? Une parole &agrave; entendre donc, en regard de l&rsquo;histoire, de ce qui a eu lieu, afin que la vie poursuive son cours dans le mouvement, la circulation, au lieu de la cristallisation, la fixation&nbsp;; cette fixation &agrave; laquelle convieraient, dit-on, les voix de <em>Maria Chapdelaine</em> : &laquo;&nbsp;Nous sommes un t&eacute;moignage. / C&rsquo;est pourquoi il faut rester dans la province o&ugrave; nos p&egrave;res sont rest&eacute;s, et vivre comme ils ont v&eacute;cu, pour ob&eacute;ir au commandement inexprim&eacute; qui s&rsquo;est form&eacute; dans leurs c&oelig;urs, qui a pass&eacute; dans les n&ocirc;tres et que nous devrons transmettre &agrave; notre tour &agrave; de nombreux enfants : Au pays de Qu&eacute;bec rien ne doit mourir et rien ne doit changer<a href="#_edn1" name="_ednref1" title="">[1]</a>... &raquo; Ces voix dont se souviendra Menaud<a href="#_edn2" name="_ednref2" title="">[2]</a>, et qui nous interrogent&nbsp;: rien ne doit-il changer&nbsp;?, ou plut&ocirc;t&nbsp;: que faut-il retenir/pr&eacute;server du pass&eacute; qui donne de la force pour aller de l&rsquo;avant&nbsp;?</p> <p> &Agrave; la disparition travaillent activement capitalisme et n&eacute;olib&eacute;ralisme qui attaquent toute forme de lien, poursuit l&rsquo;auteur, qui minent ce qui unit les &ecirc;tres entre eux, &agrave; leur pays et &agrave; leur pass&eacute;, en leur faisant miroiter &agrave; la place l&rsquo;horizon de la mondialisation : &laquo;&nbsp;<em>D&eacute;poss&eacute;dez-vous de tout&nbsp;!</em>&nbsp;<em>Et je passerai ensuite avec un navire de babioles &agrave; vendre</em>&nbsp;<em>pendant que tout votre &ecirc;tre est en manque grave de liens</em><a href="#_edn3" name="_ednref3" title="">[3]</a>&nbsp;&raquo;, &nbsp;nous dit l&rsquo;&eacute;conomie sauvage.</p> <style type="text/css"> p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 13.3px Helvetica; -webkit-text-stroke: #000000} span.s1 {font-kerning: none} span.s2 {text-decoration: underline ; font-kerning: none; color: #0069d9}</style> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une r&eacute;flexion qui me renvoie &agrave; la pens&eacute;e de Durkheim<a href="#_edn4" name="_ednref4" title="">[4]</a> sur la division du travail impos&eacute;e par le capital&nbsp;: &ecirc;tre coup&eacute; de son travail, autrement dit de ce qui nous unit &agrave; ce que nous cr&eacute;ons&nbsp;; &ecirc;tre r&eacute;duit &agrave; l&rsquo;&eacute;tat de maillon d&rsquo;une cha&icirc;ne de production dont le produit final &eacute;chappe. Autant dire &ecirc;tre d&eacute;poss&eacute;d&eacute; du sens de ce travail, de son int&eacute;r&ecirc;t et du plaisir qu&rsquo;il peut procurer, &agrave; d&eacute;faut de beaucoup d&rsquo;argent&nbsp;; et du m&ecirc;me coup n&rsquo;avoir plus que la consommation pour jouissance. Producteur machinique d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, consommateur asservi de l&rsquo;autre<a href="#_edn5" name="_ednref5" title="">[5]</a>. &nbsp;</p> <p> Qu&rsquo;en est-il du rapport des Qu&eacute;b&eacute;cois &agrave; leur pays, &agrave; leur pass&eacute;, &agrave; leur identit&eacute;/alt&eacute;rit&eacute;&nbsp;? &laquo;&nbsp;Je sais de moi, de nous, r&eacute;pond L&eacute;vesque, que la gigue du Qu&eacute;bec est largement &eacute;cossaise. Que notre voix de diva a des racines irlandaises. Que notre personnalit&eacute; est bien plus anglaise qu&rsquo;on ne le croit, en g&eacute;n&eacute;ral.&nbsp;J&rsquo;aime parler, lire, entendre la langue anglaise. [&hellip;] Mon ind&eacute;pendance collective, je la vois aussi comme l&rsquo;incarnation politique de l&rsquo;int&eacute;gration de cette identit&eacute; anglaise en moi, en nous<a href="#_edn6" name="_ednref6" title="">[6]</a>. &raquo; Les Qu&eacute;b&eacute;cois, plus Anglais qu&rsquo;il n&rsquo;y para&icirc;t&nbsp;? &Eacute;cossais et Irlandais&nbsp;? Et sans doute, &eacute;galement, m&eacute;tiss&eacute;s des Premiers Peuples et des Am&eacute;ricains. Et des autres communaut&eacute;s qui ont immigr&eacute; au Qu&eacute;bec depuis le d&eacute;but du 20<span style="font-size: 13.3333px;">e</span>&nbsp;si&egrave;cle. &raquo;&nbsp;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et L&eacute;vesque d&rsquo;ajouter, dans ce renversement saisissant&nbsp;: comment dire les Qu&eacute;b&eacute;cois &laquo;&nbsp;de souche&nbsp;&raquo;, eux dont l&rsquo;activit&eacute; a toujours consist&eacute; &agrave; &laquo;&nbsp;dessoucher&nbsp;&raquo;<a href="#_edn7" name="_ednref7" title="">[7]</a>&nbsp;: &laquo;&nbsp;Seules les id&eacute;ologies &ldquo;nationaleuse&rdquo;&nbsp;et &ldquo;anti-nationaleuse&rdquo; pouvaient d&eacute;tourner le sens dynamique de la souche&nbsp;&raquo;, analyse l&rsquo;auteur.&nbsp;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un dynamisme que l&rsquo;expression &laquo;&nbsp;tire-toi une b&ucirc;che&nbsp;&raquo; traduit bien, qui invite l&rsquo;&eacute;tranger &agrave; prendre place aupr&egrave;s de soi pour &eacute;changer&nbsp;: &laquo;&nbsp;sur ce tron&ccedil;on d&rsquo;arbre arrach&eacute;, sci&eacute;, dor&eacute;navant mobile, en mouvement, sur ce fragment de paysage d&eacute;racin&eacute; par la technique, la culture et la politique, je t&rsquo;invite &agrave; t&rsquo;asseoir &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi, fais comme chez toi, je t&rsquo;accueille comme ce paysage m&rsquo;accueille, soyons ensemble des adopt&eacute;s, des arrivants au bord du feu qui incarne l&rsquo;au-del&agrave; de nous, au bord du feu qui change tout, puisque la vie c&rsquo;est la mort et vice-versa, puisque tout est m&eacute;tamorphose, transformation<a href="#_edn8" name="_ednref8" title="">[8]</a>.&nbsp;&raquo;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qui conna&icirc;t le Qu&eacute;bec sait la justesse de cette observation : les maisons sont ouvertes et l&rsquo;on aime causer. Hector Fabre, repr&eacute;sentant du Qu&eacute;bec, puis du Canada, &agrave; Paris, de 1882&nbsp;&agrave; 1910, racontait cette hospitalit&eacute; &laquo;&nbsp;chaude, empress&eacute;e&nbsp;&raquo; &agrave; son auditoire parisien : &laquo;&nbsp;Aussit&ocirc;t qu&rsquo;on signale un &eacute;tranger &agrave; l&rsquo;horizon, surtout si c&rsquo;est un Fran&ccedil;ais, on se porte &agrave; sa rencontre. C&rsquo;est &agrave; qui l&rsquo;aura le premier chez lui. On l&rsquo;invite &agrave; d&icirc;ner, &agrave; voir la ville, &agrave; se fixer dans nos murs, &agrave; &eacute;pouser une fille sans dot. Et du premier jour au dernier, c&rsquo;est toujours le m&ecirc;me accueil, le m&ecirc;me empressement, le m&ecirc;me regret de voir le temps s&rsquo;&eacute;couler si vite<a href="#_edn9" name="_ednref9" title="">[9]</a>.&nbsp;&raquo; Repla&ccedil;ons ces propos dans leur contexte&nbsp;: il s&rsquo;agissait de convaincre les Fran&ccedil;ais d&rsquo;&eacute;migrer.</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce pays, poursuit L&eacute;vesque, notre histoire, &laquo;&nbsp;c&rsquo;est la m&eacute;moire de tous ces d&eacute;racinements qui nous ont faits, de tous ces arbres tomb&eacute;s qui nous ont construits, de toutes ces migrations qui composent l&rsquo;ici, de tous ces renversements pass&eacute;s qui produisent le maintenant<a href="#_edn10" name="_ednref10" title="">[10]</a>.&nbsp;&raquo;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le probl&egrave;me est que l&rsquo;id&eacute;ologie &laquo;&nbsp;nationaleuse&nbsp;&raquo;, pr&eacute;tendant &agrave; la souche, a r&eacute;gn&eacute; des d&eacute;cennies durant. Et cela, apr&egrave;s un si&egrave;cle d&rsquo;ultramontanisme et ce que celui-ci a signifi&eacute; de contr&ocirc;le et de censure de la pens&eacute;e<a href="#_edn11" name="_ednref11" title="">[11]</a>. Suffit-il de raconter une autre histoire pour que les vieux discours s&rsquo;effacent&nbsp;sans laisser de traces ? &nbsp; &nbsp;&nbsp;<br /> &nbsp;</p> <p> R&ecirc;vons : nous voici ensemble, tous &eacute;trangers, devant le feu, &agrave; palabrer. Qu&rsquo;est-ce qui nous emp&ecirc;che de prendre ce pays &agrave; bras le corps et de nous dire souverains&nbsp;?, interroge l&rsquo;auteur en citant Gilles Gagn&eacute;&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Je soutiens, en somme, que le refus de la souverainet&eacute;, c&rsquo;est le refus de d&eacute;faire la communaut&eacute; pour en faire une soci&eacute;t&eacute; politique.</em> / Oui, reprend L&eacute;vesque, il faudrait briser l&rsquo;illusion fusionnelle pour venir au monde, dans la s&eacute;paration, dans la diff&eacute;rence, dans le conflit et le jeu politique. Cela forcerait une nouvelle mani&egrave;re de dire &ldquo;nous&rdquo; qui inclurait la multiplicit&eacute;, le <em>dissensus</em> et le <em>polemos</em><a href="#_edn12" name="_ednref12" title="">[12]</a>.&nbsp;&raquo; L&rsquo;objectif&nbsp;premier est donc de se s&eacute;curiser politiquement&nbsp;: &laquo;&nbsp;Par une constitution, des institutions, des cadres &eacute;thiques, une architecture solide de pays, une grande maison de mots, grav&eacute;s dans le bois de la charpente<a href="#_edn13" name="_ednref13" title="">[13]</a>.&nbsp;&raquo; Un &laquo;&nbsp;chez-soi collectif<a href="#_edn14" name="_ednref14" title="">[14]</a>&nbsp;&raquo;, qui permettrait &agrave; la majorit&eacute; francophone, se sentant enfin prot&eacute;g&eacute;e de sa disparition, de &laquo;&nbsp;reconna&icirc;tre beaucoup plus facilement en quoi il [le Qu&eacute;bec] vient d&rsquo;ailleurs et en quoi ceux qui viennent d&rsquo;ailleurs sont donc ici chez eux. L&rsquo;ind&eacute;pendance politique est la cl&eacute; de l&rsquo;ouverture sur le monde<a href="#_edn15" name="_ednref15" title="">[15]</a>&nbsp;&raquo;&hellip;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Renoncer &agrave; la fusion originelle, propose l&rsquo;auteur, afin de s&rsquo;ouvrir aux autres, tous les autres qui font le Qu&eacute;bec depuis des si&egrave;cles<a href="#_edn16" name="_ednref16" title="">[16]</a>. Pourrait-on dire renoncer &agrave; &laquo; l&rsquo;amour du m&ecirc;me &raquo; qui me semble fonder nationalisme et communautarisme&nbsp;? Voil&agrave; quelques ann&eacute;es, r&eacute;fl&eacute;chissant aux types de groupes sociaux que la pens&eacute;e sociale de Freud permet de distinguer<a href="#_edn17" name="_ednref17" title="">[17]</a>, j&rsquo;&eacute;crivais du lien social au sein de la&nbsp;communaut&eacute; &eacute;motionnelle : &laquo; [&hellip;] rassembl&eacute;s autour de l&rsquo;id&eacute;al en lequel ils se reconnaissent, auquel ils s&rsquo;identifient, par besoin d&rsquo;amour, les membres du groupe font corps, (re)trouvent une unit&eacute; perdue, font bien <em>Un</em> selon l&rsquo;expression de divers auteurs parce qu&rsquo;ils font du M&ecirc;me &mdash; mais on pressent &agrave; quel prix&nbsp;: l&rsquo;Autre, celui qui marque un d&eacute;calage, qui n&rsquo;entre pas ou ne souscrit pas &agrave; l&rsquo;id&eacute;al, celui, donc, qui entame le r&ecirc;ve d&rsquo;identit&eacute;, est exclu. Autrement dit, il n&rsquo;est d&rsquo;autre que de m&ecirc;me, que de l&rsquo;<em>alter ego</em>. &Agrave; d&eacute;faut de quoi, l&rsquo;Autre est objet de haine.&nbsp;&raquo; La question revient : comment sortir de la communaut&eacute; ? &nbsp;&nbsp;<br /> &nbsp;</p> <p> Si j&rsquo;&eacute;tais Premier ministre, imagine l&rsquo;auteur, &laquo;&nbsp;j&rsquo;irais en premier lieu rencontrer les repr&eacute;sentants des premiers peuples. Ensuite les repr&eacute;sentants des Anglo-Qu&eacute;b&eacute;cois. Puis les diff&eacute;rentes communaut&eacute;s allophones. Je les inviterais &agrave; faire un nouveau pays avec la majorit&eacute; francophone. Puisqu&rsquo;ils b&acirc;tissent et fa&ccedil;onnent l&rsquo;identit&eacute; qu&eacute;b&eacute;coise depuis le d&eacute;but. Puisque le Qu&eacute;bec est une terre d&rsquo;accueil qui a &eacute;t&eacute; transform&eacute;e par ceux qu&rsquo;elle a adopt&eacute;s<a href="#_edn18" name="_ednref18" title="">[18]</a>.&nbsp;&raquo; La constitution reconna&icirc;trait ainsi quatre peuples fondateurs. &nbsp;&nbsp;</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Vue%20du%20mont%20Me%CC%81gantic.jpg" style="width: 400px; height: 300px;" />&nbsp;<br /> Vue du mont M&eacute;gantic [Photo : Maryse Barbance] &nbsp;<br /> &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une question&nbsp;: ne pourrait-on dire &laquo;&nbsp;les diff&eacute;rents groupes francophones&nbsp;&raquo; plut&ocirc;t que &laquo; la&nbsp;majorit&eacute; francophone&nbsp;&raquo;, comme si celle-ci formait un tout uni et unanime qu&rsquo;une m&ecirc;me langue suffirait &agrave; d&eacute;signer&nbsp;? Car la majorit&eacute; francophone comprend des groupes divers, notamment quant &agrave; leur rapport au fait religieux et &agrave; la la&iuml;cit&eacute;.</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;Autre question&nbsp;: quel politicien ouvrira la voie&nbsp;? Disant cela, j&rsquo;ai en t&ecirc;te la r&eacute;flexion que se faisait Edmond de Nevers, Canadien fran&ccedil;ais qui travaillait &agrave; Paris au tournant des 19<span style="font-size: 13.3333px;">e</span>&nbsp;et 20<span style="font-size: 13.3333px;">e</span>&nbsp;si&egrave;cles, au moment o&ugrave; se posait la question de l&rsquo;ind&eacute;pendance du Canada vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Angleterre et o&ugrave; les relations entre Canadiens anglais et Canadiens fran&ccedil;ais &eacute;taient si difficiles du fait de la remise en question des droits scolaires et linguistiques des seconds dans plusieurs provinces anglophones : comment imaginer r&eacute;aliser l&rsquo;ind&eacute;pendance du Canada, se demandait de Nevers, &laquo;&nbsp;tant qu&rsquo;un esprit assez lib&eacute;ral et assez large pour respecter tous les droits et m&eacute;nager toutes les susceptibilit&eacute;s ne se sera pas implant&eacute; dans les sept provinces du Dominion<a href="#_edn19" name="_ednref19" title="">[19]</a>&nbsp;&raquo;&nbsp;? Appliqu&eacute;e au Qu&eacute;bec&nbsp;: comment imaginer faire l&rsquo;ind&eacute;pendance du Qu&eacute;bec tant qu&rsquo;un esprit assez lib&eacute;ral et assez large pour respecter tous les droits et m&eacute;nager toutes les susceptibilit&eacute;s ne se sera pas implant&eacute; chez la majorit&eacute; ?&nbsp;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bref&nbsp;: comment apprendre &agrave; vivre ensemble&nbsp;en &eacute;vitant le repli communautaire et/ou nationaliste et/ou religieux (ce qui suppose renoncer &agrave; tout ce qu&rsquo;il apporte en termes de solidarit&eacute;, de r&eacute;confort, de nourriture pour l&rsquo;esprit, de sentiment d&rsquo;appartenance et de s&eacute;curit&eacute;), et ce qui lui r&eacute;pond en &nbsp;&eacute;cho&nbsp;: la haine raciale ?</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour le dire autrement&nbsp;: faut-il attendre l&rsquo;ind&eacute;pendance pour s&rsquo;ouvrir aux autres ? Ou ne devrait-on pas d&rsquo;ores et d&eacute;j&agrave; travailler &agrave; la cr&eacute;ation d&rsquo;un espace de dialogue hors des champs religieux, nationalistes et communautaires, afin que se tissent des liens sociaux entre le plus grand nombre de personnes et de groupes, espace qui conduira peut-&ecirc;tre &agrave; l&rsquo;ind&eacute;pendance si celle-ci est jug&eacute;e opportune par la majorit&eacute;&nbsp;? De la poule ou de l&rsquo;&oelig;uf...<br /> &nbsp;</p> <p> Une derni&egrave;re r&eacute;flexion de l&rsquo;auteur m&rsquo;a touch&eacute;e. Elle s&rsquo;articule au personnage de Merlin l&rsquo;enchanteur &oelig;uvrant aux c&ocirc;t&eacute;s du roi Arthur : &laquo;&nbsp;Je ne veux pas d&rsquo;un pays uniquement men&eacute; par Arthur (malgr&eacute; toute son adresse avec l&rsquo;&eacute;p&eacute;e, malgr&eacute; son amour pour Gueni&egrave;vre), &eacute;crit L&eacute;vesque, je veux aussi d&rsquo;un Qu&eacute;bec suffisamment libre politiquement pour retrouver son feu originel, ce sens de la nature et de la mort, donc du vivant, ce qui ferait du Qu&eacute;bec de demain une interface entre l&rsquo;avenir et <em>the old world</em>, entre la technique et la magie, le courage et la po&eacute;sie.&nbsp;Je veux le pays et l&rsquo;enchantement. Le pays <em>pour</em> l&rsquo;enchantement<a href="#_edn20" name="_ednref20" title="">[20]</a>. &raquo; Arthur <em>et</em> Merlin, souhaite L&eacute;vesque. En &eacute;cho me revient ce passage du manifeste du <em>Refus global</em>&nbsp;: &laquo;&nbsp;Refus de toute INTENTION, arme n&eacute;faste de la RAISON. &Agrave; bas toutes deux, au second rang ! / Place &agrave; la magie ! / Place aux myst&egrave;res objectifs ! / Place &agrave; l&rsquo;amour<a href="#_edn21" name="_ednref21" title="">[21]</a>&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pas d&rsquo;&oelig;uvre de raison, donc, qui se ferait aux d&eacute;pens du monde merveilleux de l&rsquo;enfance, de l&rsquo;h&eacute;ritage du pass&eacute; et de <em>the old religion</em> au sens de ce qui nous environne en tant qu&rsquo;humains&nbsp;: les mondes v&eacute;g&eacute;tal et animal, le temps cyclique qui va et revient, les voix des anc&ecirc;tres (je pense au Cercle sacr&eacute; de la vie des Premiers Peuples) &mdash; ces autres mondes qui sont au c&oelig;ur du n&ocirc;tre comme en t&eacute;moigne Menaud, &eacute;crit L&eacute;vesque&nbsp;: &laquo;&nbsp;la perte du chez-soi [telle qu&rsquo;exprim&eacute;e par Menaud] n&rsquo;est pas uniquement celle de la langue fran&ccedil;aise et de sa culture, ou encore du pouvoir d&rsquo;exploiter un territoire&nbsp;; sur un autre plan, plus grand, plus grave, le bois, la rivi&egrave;re sont le r&eacute;el chez-soi de l&rsquo;homme. La perte du chez-soi d&eacute;coule ici de l&rsquo;expropriation qui emp&ecirc;che le contact avec cet au-del&agrave; qu&rsquo;est le r&eacute;el du bois, des saisons, des rivi&egrave;res des animaux sauvages<a href="#_edn22" name="_ednref22" title="">[22]</a>.&nbsp;&raquo;</p> <p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Travaillant &agrave; un tout autre r&eacute;cit<a href="#_edn23" name="_ednref23" title="">[23]</a>, j&rsquo;&eacute;crivais de Menaud&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est peut-&ecirc;tre ce que Menaud a de plus poignant : son immense solitude. Pour avoir toujours &oelig;uvr&eacute; au fin fond des for&ecirc;ts, l&agrave; o&ugrave; nul autre que des hommes comme lui ne se risque jamais, il n&rsquo;a personne &agrave; qui parler. Les &ldquo;&eacute;trangers&rdquo; qui ont lou&eacute; les terres, on ne sait pas qui ils sont ni d&rsquo;o&ugrave; ils viennent. S&rsquo;agit-il d&rsquo;Anglais, d&rsquo;Am&eacute;ricains, de Canadiens ? Le roman ne le dit pas. Ils sont &eacute;trangers parce qu&rsquo;ils n&rsquo;appartiennent pas &agrave; la terre de Charlevoix. C&rsquo;est ainsi que le ressent Menaud. Ils sont &eacute;trangers, et leur rapport &agrave; la terre est tout autre. Menaud et les siens, n&eacute;s au pays, se sentent faire partie du sol o&ugrave; ils &eacute;voluent en toute libert&eacute; depuis toujours, ils en vivent, en jouissent et en meurent, les autres le contr&ocirc;lent, en limitent l&rsquo;acc&egrave;s, l&rsquo;exploitent. Alors la haine s&rsquo;immisce en Menaud et les d&eacute;sirs de vengeance surgissent tandis qu&rsquo;il contemple le feu&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ce spectacle soulageait dans son c&oelig;ur son besoin de violence.&nbsp;&raquo; L&eacute;vesque interpr&egrave;te&nbsp;: &laquo;&nbsp;L&rsquo;avenir se trouve dans cette sublimation ultime, le retour de l&rsquo;homme au fondamental, &agrave; la rencontre de cette nature qui est deuil, transformations, recommencements [&hellip;]&nbsp;&raquo;.<br /> &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;</p> <p> Tel est peut-&ecirc;tre le message de <em>Maria Chapdelaine</em>, de <em>Menaud</em>, de <em>Je sais trop bien</em>&hellip; : les Qu&eacute;b&eacute;cois n&rsquo;ont pas &agrave; redevenir ce qu&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; (interpr&eacute;tation consacr&eacute;e de <em>Maria Chapdelaine</em>), mais &agrave; en pr&eacute;server la m&eacute;moire vive pour avancer en ancrant leur futur dans ce qui les a faits&nbsp;: le corps &agrave; corps avec une terre &eacute;trang&egrave;re dont ils ont d&ucirc; tout apprivoiser en compagnie de multiples autres avec lesquels le dialogue est continuellement &agrave; tisser.<br /> &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;</p> <div> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> &copy; 2016, Maryse Barbance</p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <img alt="" src="http://www.lindaleith.com/app/webroot/uploads/images/Maryse%20par%20Marie-Noe%CC%88l%20Challan-Belval.%20.png" style="padding-right: 0px; padding-left: 0px; margin-bottom: 0px; max-width: 650px; width: 220px; height: 162px;" /><br /> <span style="font-size: 12px;">Maryse Barbance</span><br /> <span style="font-size: 9px;">[Photo: Marie-No&euml;l Challan-Belval]</span></p> <div style="color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif;"> <div id="edn7"> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; width: 600px !important;"> Maryse Barbance est &eacute;ditrice consultante, chercheure associ&eacute;e (Institut national de la recherche scientifique, Montr&eacute;al) et intervient &agrave; titre de professeure aupr&egrave;s des formations franco-qu&eacute;b&eacute;coises de l&rsquo;EPF &eacute;cole d&rsquo;ing&eacute;nieurs (Sceaux, France), &eacute;cole sur laquelle elle a publi&eacute; une monographie historique,<em>&nbsp;De L&rsquo;&Eacute;cole polytechnique f&eacute;minine &agrave; L&rsquo;EPF &eacute;cole d&rsquo;ing&eacute;nieur</em>e<em>s</em>, aux &eacute;ditions Eyrolles (Paris, 2005). Ses articles sur la psychanalyse ont &eacute;t&eacute; num&eacute;ris&eacute;s par la Soci&eacute;t&eacute; psychanalytique de Paris et ses entretiens et critiques litt&eacute;raires par &Eacute;rudit.<br /> &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Son premier roman,&nbsp;<em>Toxiques</em>, publi&eacute; chez Hurtubise HMH (Montr&eacute;al, 2000), a re&ccedil;u le prix Anne H&eacute;bert en 2001. Il a &eacute;t&eacute; adapt&eacute; par Radio-Canada qui a &eacute;galement diffus&eacute; quelques autres de ses textes de fiction.&nbsp;<em>N&eacute;nuphar</em>&nbsp;est son deuxi&egrave;me roman (Fides, 2016).</p> </div> </div> <hr align="left" size="1" width="33%" /> <div id="edn1"> <p> <a href="#_ednref1" name="_edn1" title="">[1]</a> Louis H&eacute;mon, <em>Maria Chapdelaine</em>, Biblioth&egrave;que &eacute;lectronique du Qu&eacute;bec, p. 281, 282. Le d&eacute;but de la citation se lit ainsi&nbsp;: &laquo;&nbsp;Autour de nous des &eacute;trangers sont venus, qu&rsquo;il nous pla&icirc;t d&rsquo;appeler les barbares ; ils ont pris presque tout le pouvoir ; ils ont acquis presque tout l&rsquo;argent ; mais au pays de Qu&eacute;bec rien n&rsquo;a chang&eacute;. Rien ne changera, parce que nous sommes un t&eacute;moignage. De nous-m&ecirc;mes et de nos destin&eacute;es, nous n&rsquo;avons compris clairement que ce devoir-l&agrave; : persister... nous maintenir... Et nous nous sommes maintenus, peut-&ecirc;tre afin que dans plusieurs si&egrave;cles encore le monde se tourne vers nous et dise : Ces gens sont d&rsquo;une race qui ne sait pas mourir...&nbsp;&raquo;</p> </div> <div id="edn2"> <p> <a href="#_ednref2" name="_edn2" title="">[2]</a> F&eacute;lix-Antoine Savard, <em>Menaud, ma&icirc;tre-draveur</em>, Montr&eacute;al, BQ, 1992.</p> </div> <div id="edn3"> <p> <a href="#_ednref3" name="_edn3" title="">[3]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>Je sais trop bien ne pas exister</em>, Montr&eacute;al, Varia, 2016, p. 42.</p> </div> <div id="edn4"> <p> <a href="#_ednref4" name="_edn4" title="">[4]</a> &Eacute;mile Durkheim, <em>De la Division du travail social</em>, Paris, Presses universitaires de France, 1986&nbsp;; &eacute;dition originale&nbsp;: 1897.</p> </div> <div id="edn5"> <p> <a href="#_ednref5" name="_edn5" title="">[5]</a> Je pense aussi aux flux mondialis&eacute;s du capital d&eacute;crits par Gilles Deleuze et F&eacute;lix Guattari, <em>Capitalisme et schizophr&eacute;nie.</em> <em>L&rsquo;anti-&OElig;dipe</em>, Paris, Minuit, 1972.</p> </div> <div id="edn6"> <p> <a href="#_ednref6" name="_edn6" title="">[6]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 54.</p> </div> <div id="edn7"> <p> <a href="#_ednref7" name="_edn7" title="">[7]</a> Et &agrave; tirer du bois tout ce qui &eacute;tait possible : maisons, meubles, papier, livres, bois &agrave; graver, cuillers, violons et guitares.</p> </div> <div id="edn8"> <p> <a href="#_ednref8" name="_edn8" title="">[8]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 45.</p> </div> <div id="edn9"> <p> <a href="#_ednref9" name="_edn9" title="">[9]</a> Hector Fabre, &laquo;&nbsp;La Soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise au Canada&nbsp;&raquo;,1886, <em>Le Rouge et le Bleu</em>, textes choisis et pr&eacute;sent&eacute;s par Yvan Lamonde et Claude Corbo, Presses de l&rsquo;universit&eacute; de Montr&eacute;al, 1999, p. 270.&nbsp;&nbsp;</p> </div> <div id="edn10"> <p> <a href="#_ednref10" name="_edn10" title="">[10]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 45.</p> </div> <div id="edn11"> <p> <a href="#_ednref11" name="_edn11" title="">[11]</a> Sur ce point deux livres m&rsquo;ont beaucoup apport&eacute;&nbsp;: <em>Histoire sociale des id&eacute;es au Qu&eacute;bec 1760-1896</em>, par Yvan Lamonde (Fides 2000), et <em>Censure et litt&eacute;rature au Qu&eacute;bec</em>, de Pierre H&eacute;bert (Fides, 2004).</p> </div> <div id="edn12"> <p> <a href="#_ednref12" name="_edn12" title="">[12]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 55&nbsp;; la citation est tir&eacute;e du num&eacute;ro de la revue <em>Libert&eacute;</em> intitul&eacute; &ldquo;Repenser la souverainet&eacute;&rdquo;. En termes psychanalytiques&nbsp;: le peuple qu&eacute;b&eacute;cois ne parvient pas &agrave; faire son ind&eacute;pendance car il est rest&eacute; fix&eacute; &laquo;&nbsp;au stade libidinal de l&rsquo;oralit&eacute; communautaire o&ugrave; le conflit est impossible, parce que d&eacute;vastateur, d&eacute;vorant&nbsp;: c&rsquo;est toi ou moi, nous ou eux, la vie ou la mort.&nbsp;&raquo; (p. 56). Ici, devenir souverain politiquement c&rsquo;est devenir un &ecirc;tre sexu&eacute;.</p> </div> <div id="edn13"> <p> <a href="#_ednref13" name="_edn13" title="">[13]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 58.</p> </div> <div id="edn14"> <p> <a href="#_ednref14" name="_edn14" title="">[14]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 57.</p> </div> <div id="edn15"> <p> <a href="#_ednref15" name="_edn15" title="">[15]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 55. Dans cette grande maison, le Qu&eacute;bec pourra faire l&rsquo;exp&eacute;rience d&rsquo;&laquo;&nbsp;une r&eacute;elle s&eacute;curit&eacute; affective&nbsp;&raquo; qui lui permettra d&rsquo;acqu&eacute;rir suffisamment de solidit&eacute; et de confiance en soi pour &ecirc;tre ouvert &agrave; tous ceux qui composent le pays : Premiers peuples, immigrants de tous pays.</p> </div> <div id="edn16"> <p> <a href="#_ednref16" name="_edn16" title="">[16]</a> Acc&eacute;der au tiers symbolique, suppose que la socialit&eacute; soit pr&eacute;sente dans la psych&eacute; du p&egrave;re et /ou de la m&egrave;re, comme troisi&egrave;me terme permettant l&rsquo;ouverture &agrave; l&rsquo;arbitrage et au jeu politique, &eacute;crit L&eacute;vesque.</p> </div> <div id="edn17"> <p> <a href="#_ednref17" name="_edn17" title="">[17]</a> J&rsquo;avais alors diff&eacute;renci&eacute; la masse atomis&eacute;e, la communaut&eacute; &eacute;motionnelle et la soci&eacute;t&eacute; de droits&nbsp;; voir Maryse Barbance, &laquo;&nbsp;Pouvoir, passion, <em>philia&nbsp;</em>: de l&rsquo;Un au M&ecirc;me &agrave; l&rsquo;Autre&nbsp;&raquo;, <em>R&eacute;sonances&nbsp;: dialogues avec la psychanalyse</em>, Simon Harel (dir.), Montr&eacute;al, Liber, 1998, p. 89-115.</p> </div> <div id="edn18"> <p> <a href="#_ednref18" name="_edn18" title="">[18]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 66.</p> </div> <div id="edn19"> <p> <a href="#_ednref19" name="_edn19" title="">[19]</a> Edmond de Nevers, <em>L&rsquo;Avenir du peuple canadien-fran&ccedil;ais</em>, Paris, Henri Jouve, 1896, p. 321.</p> </div> <div id="edn20"> <p> <a href="#_ednref20" name="_edn20" title="">[20]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 78.</p> </div> <div id="edn21"> <p> <a href="#_ednref21" name="_edn21" title="">[21]</a> Paul-Emile Borduas, <em>Refus global</em>, BEQ, p. 18-19&nbsp;; &eacute;dition originale&nbsp;: 1948.</p> </div> <div id="edn22"> <p> <a href="#_ednref22" name="_edn22" title="">[22]</a> Nicolas L&eacute;vesque, <em>op. cit.</em>, p. 81-82.</p> </div> <div id="edn23"> <p> <a href="#_ednref23" name="_edn23" title="">[23]</a> Texte au travail.</p> </div> </div> <p> &nbsp;</p> <style type="text/css"> p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 13.3px Helvetica; -webkit-text-stroke: #000000} span.s1 {font-kerning: none} span.s2 {font: 11.1px Helvetica; font-kerning: none}</style> <style type="text/css"> p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 13.3px Helvetica; -webkit-text-stroke: #000000} span.s1 {font-kerning: none} span.s2 {font: 11.1px Helvetica; font-kerning: none}</style> Mon, 06 Mar 2017 16:56:26 -0500Montaigne - notre contemporain IV, par Zoran Minderovićhttp://www.lindaleith.com/posts/view/394?lang=FRhttp://www.lindaleith.com/posts/394<p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Mont1.jpg" style="width: 395px; height: 279px;" /><br /> <br /> Dans l&rsquo;univers de Montaigne, le statut paradoxal de la gloire dans la conscience humaine nous fait penser au chat de Schr&ouml;dinger, qui, si l&rsquo;on imagine notre r&eacute;alit&eacute; quotidienne comme un monde r&eacute;gi par les lois de la physique quantique, peut &ecirc;tre mort et vivant en m&ecirc;me temps. Existante &agrave; peine, presque d&eacute;substantialis&eacute;e, l&rsquo;ombre d&rsquo;une pr&eacute;sence spectrale, la gloire est quand m&ecirc;me vivante&nbsp;; de plus, elle s&rsquo;impose &agrave; la conscience comme une v&eacute;ritable force vitale, une obsession fatidique, transformant l&rsquo;homme, que le philosophe Martin Heidegger (dans <em>&Ecirc;tre et Temps</em>) d&eacute;finit comme un &laquo;&nbsp;&ecirc;tre-vers-la mort&nbsp;&raquo;, en &laquo;&ecirc;tre-vers-la-gloire&nbsp;&raquo;, la gloire &eacute;tant une mort spirituelle&mdash;c&rsquo;est-&agrave;-dire, plus subtile et, si j&rsquo;ose dire, plus mortif&egrave;re.</p> <p> <img alt="" src="/app/webroot/uploads/images/Mont3a.jpg" style="width: 240px; height: 320px;" /></p> <p> <em>De toutes les r&ecirc;veries du monde, la plus re&ccedil;ue et plus universelle, est le soin de la r&eacute;putation et de la gloire, que nous &eacute;pousons jusques &agrave; quitter les richesses, le repos, la vie et la sant&eacute;, qui sont biens effectuels et substantiaux, pour suivre cette vaine image, et cette simple voix, qui n&rsquo;a ni corps ni prise.</em> (<em>De ne communiquer sa gloire, </em>I, 41).</p> <p> La gloire, cette vanit&eacute; des vanit&eacute;s, ombre d&rsquo;une ombre, quintessence de rien, puise son &eacute;nergie spectrale dans le kal&eacute;idoscope autant volatile qu&rsquo;insubstantiel de nos opinions. Montaigne savait, bien avant la cr&eacute;ation de cet absurde animal que nous appelons &laquo;&nbsp;&eacute;crivain bestsellerisant&nbsp;&raquo;, que l&rsquo;excellence, y compris la qualit&eacute; litt&eacute;raire, une valeur <em>sui generis</em>, n&rsquo;&eacute;tait quantifiable, qu&rsquo;un &eacute;crivain dont la raison d&rsquo;&ecirc;tre est l&rsquo;&eacute;criture, pr&eacute;f&egrave;re un lecteur authentique &agrave; une foule de consommateurs litt&eacute;raires&nbsp;:</p> <p> <em>On pourrait peut-&ecirc;tre excuser un peintre ou un artisan, ou encore un rh&eacute;toricien ou un grammairien de s&rsquo;efforcer de se faire un nom par ses ouvrages. Mais les actions vertueuses sont trop nobles par elles-m&ecirc;mes pour avoir &agrave; rechercher cette valeur dans la vanit&eacute; des jugements des hommes. </em>(<em>De la gloire,</em> II, 16).</p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <br /> <span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: &quot;times new roman&quot;, times, serif;"><span style="color: rgb(0, 0, 0);">&copy; 2016,&nbsp;Zoran Minderović</span></span></span><br /> &nbsp;</p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: &quot;times new roman&quot;, times, serif;"><span style="color: rgb(0, 0, 0);">L&#39;introduction &agrave; cette s&eacute;rie de miniatures se trouve&nbsp;</span><a href="http://www.lindaleith.com/posts/view/382"><span style="color: rgb(0, 0, 0);">ici</span></a><span style="color: rgb(0, 0, 0);">.</span></span></span><br /> &nbsp;</p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <img alt="" src="http://www.lindaleith.com/app/webroot/uploads/images/Zoran%20lo-res.jpg" style="padding-right: 0px; padding-left: 0px; margin-bottom: 0px; max-width: 650px; width: 150px; height: 160px;" /><br /> <span style="font-size: 12px;"><span style="color: rgb(0, 0, 0);"><span style="font-family: &quot;times new roman&quot;, times, serif;">Zoran&nbsp;Minderović</span></span></span></p> <p style="font-size: 14px; line-height: 16px; color: rgb(139, 132, 125); font-family: Questrial, sans-serif; width: 600px !important;"> <span style="color: rgb(0, 0, 0);"><span style="font-family: &quot;times new roman&quot;, times, serif;">Chercheur, traducteur, relecteur (membre du PEN Canada) et &eacute;crivain, Zoran Minderović a traduit des livres de Claude L&eacute;vi-Strauss, Julia Kristeva et F&eacute;lix Ravaisson en serbe. Il est r&eacute;dacteur associ&eacute; du&nbsp;<strong><em>Salon&nbsp;<span style="font-size: 12px;"><span style="font-family: verdana, geneva, sans-serif;">.ll.</span></span></em></strong></span></span></p> Thu, 02 Mar 2017 11:49:01 -0500