Militer avec sa plume



Elle est de toutes les luttes, de tous les combats. Après Bien commun recherché paru en 2004, Françoise David a replongé dans l’écriture avec De colère et d’espoir publié aux éditions Écosociété. Le carnet de 220 pages, basé sur l’expérience personnelle de Mme David comme militante et politicienne est un appel au changement en cette période houleuse du Québec.

Préfacé par Dan Bigras, De colère et d’espoir, se lit comme un journal engagé sur le présent et l’avenir de la Belle province. Ce projet, Françoise David le porte depuis plusieurs années. Puis, à l’été 2011, elle a passé quelques mois loin des projecteurs pour se consacrer complètement à l’écriture : « C’est au-delà des élections, explique-t-elle, j’ai eu du plaisir à faire ça, ça me faisait du bien de mettre mes idées ensemble, d’essayer d’expliquer aux gens comment on se fait mentir ».

Il est vrai que par moments, le portrait dressé et les sujets abordés dans chacun des cinq chapitres, soit les inégalités sociales, le pays et la langue, la laïcité, l’économie verte et l’histoire de Québec solidaire, ne sont pas toujours roses : « J’espérais que le livre frappe un peu l’imagination, j’espérais au fond que les gens peut-être redécouvrent la femme que je suis : à la fois indignée et pleine d’espoirs ». Bref, dénoncer pour mieux proposer.

De l’espoir, surtout

Interrogée sur le titre de son ouvrage, Françoise David répond qu’un sentiment de colère vis-à-vis de la politique et du gouvernement en place est réparti dans la société québécoise, que tout le monde est en colère, d’une manière ou d’une autre, mais que la colère, finalement ne sert à rien. « Le problème avec la colère, c’est de la canaliser, de l’organiser », nous dit-elle, mais comment doit-on faire cela?

« Engagez-vous, impliquez-vous dans votre garderie, voisinage, syndicat, groupe féministe, écologiste, comité citoyen, etc., l’important c’est de ne pas rester seul avec sa colère, d’être avec d’autres qui construisent, revendiquent déjà », explique Françoise David. Réflexion faite, De colère et d’espoir est un livre lumineux, car il souhaite proposer des solutions simples et concrètes pour les citoyens et une manière à long terme de faire de la politique autrement.

Si les idées de Françoise David et de Québec Solidaire sont de plus en plus connues du grand public, la principale intéressée a voulu s’adresser aux Québécois et aux résidents de Gouin afin de leur demander d’arrêter de dire que tout va mal, qu’il n’y a rien à faire. Au contraire, dit-elle, « J’ai voulu que ce livre soit un livre d’espoir : pleins de projets qui fonctionnent déjà et dire qu’il y a déjà des gens qui construisent un Québec meilleur ». 

Militante avant tout

De colère et d’espoir prend parfois des allures de manifeste, mais il tombe rarement dans la propagande pour Québec solidaire, même si tout un chapitre est consacré à son histoire. L’ouvrage n’est pas non plus un livre théorique, malgré les nombreuses répétitions et redites – pour faire passer un message, il faut le décliner –, mais bien un carnet basé sur l’expérience personnelle de Mme David comme militante.

Françoise David martèle ses idées et sa plume est franche. C’est celle d’une femme engagée et passionnée : « Je rêve d’un Québec plus juste, où l’égalité des chances deviendrait une réalité, où chacun et chacune auraient accès à la santé, à l’éducation, à la culture, à la beauté. Et – traitez-moi d’utopiste si vous le voulez! – je rêve de construire ce pays avec vous », écrit-elle.

La politicienne cède la place à la militante : « Je suis une militante avant tout, bien avant d’être une politicienne. Je pourrais laisser de côté la politique partisane et continuer d’être une militante ». Pour Mme David, l’écriture est un excellent moyen de défendre ses idées, d’ailleurs, De colère et d’espoir, nous laisse entrevoir une femme pour qui la littérature et le débat font partie intrinsèque de sa culture « : Je ne sais pas me servir d’une caméra, dit-elle en faisant référence à Richard Desjardins et son plus récent film sur l’industrie minière au Québec, Trou Story, mais je sais me servir de ma plume. Pourquoi ne pas m’en servir? »

Si la militante souhaite faire connaître davantage la femme et la politicienne qu’elle est, le message de De colère et d’espoir se veut, vous l’aurez compris, plus large, au-delà de la politique partisane et de la morosité : « J’en appelle à un sursaut d’indignation, mais pas stérile, il faut se battre par tous les moyens possibles et ultimement en changeant vraiment la classe politique ».

De colère et d’espoir : carnet. Les Éditions Écosociété, Montréal, 2011, 216 pages.

Photo de Françoise David: Jacques Nadeau

© Annabelle Moreau 2012

Annabelle Moreau aime les mots, les livres, et les auteurs aux noms étranges, bref, la littérature sous toutes ses formes, mais aussi le cinéma, les arts visuels et la photo. Elle est tour à tour journaliste pigiste, rédactrice, réviseure et traductrice et possède son propre blogue sur les déboires et les désillusions d’une écrivaine (http://lesintemperies.wordpress.com/).
[Photo: Jean Bernier]

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