Love story dans la forêt boréale

Une photographe indiscrète arrive un jour chez Charlie et Tom, deux ermites qui viventloin des bruits du monde.Fuyant un passé mystérieux, ils ont choisi une existence en accord avec les dures lois de la forêt boréale. Leur seul contact avec les monde extérieur passe par Bruno et SteveÀ la fois amis et employeurs, ces deux trafiquants de drogue leur vendent une paix confortable en échange d’un service, celui de la culture illicite de marijuana derrière leurs cabanes.  

    C’est ici qu’ils seront un jour découverts par cette photographe intrépide, partie à la recherche des fantômes du passé. Son projet est un peu macabre :elle fait des portraits des survivants des Grands feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario au début du XXéme siècle. Un étrange coup de destin l’a un jour mise face à face avec une vieille survivante, alors qu’elle nourrissait les pigeons dans un parc de Toronto. C’est elle qui lui avait dévoilé le mystère des oiseaux qui tombaient du ciel lors de l’incendie de Matheson, le plus dévastateur. La photographe hésitait àimmortaliser le portrait de cette femme dont les yeux étaient entourés d’une étrange lumière rose. Grave erreur, car cette femme est la clé du mystère jamais résolu qui plane sur l’un des personnages, Ted Boychuck, connu par les survivants comme l’adolescent aveugle qui avait erré pendant six jours dans les décombres.. Qu’est-ce qu’il cherchait désespérément dans le brasier,les yeux vides de lumière ? Personne ne pouvait le dire. Peut-être était-ce sa famille ou son amour perdu qui le poussait vers les flammes.Sans la ténacité de cette femme , son secret aurait été définitivement oublié C’est elle qui découvre que Ted était un peintre. Ces toiles, enfermées au milieu de la forêt, gardées par les hermites qui n’y portent aucune attention. Déchiffrer leur contenu s’avère toutefois une tâche impossible sans le regard de Marie-Desneiges, une octogénaire qui a passé 66 ans dans un asile. Habituée à la lecture des choses qu’aucun œil humain ne peut discerner elle fait son apparition au campement de Charlie et Tom, accompagnant son neveu Bruno.

    Le plus récent roman de Jocelyne Saucier est d’une beauté qui respire la sagesse et l’apaisement Elle a réussi comme nul autre à peindred’une merveilleuse façont la passion charnelle qui anime deux octogénaires. Ces deux Romeo et Juliette de la forêt boréale n’ont rien à envier aux plus jeunes. Le peu de temps qui leur reste pour vivre cette nouvelle vie qui leur est donnée au moment où ils ne l’attendaient plus exacerbe leur passion jusqu’à la limite du supportable. Jocelyne Saucier sait parfaitement doser leur bonheur ce qui avive la curiosité du lecteur qui reste en éveil jusqu’à la fin. Quant à la mort ? « Il ne faut pas s’en faire avec la mort, elle rode dans toutes les histoires ». Voici le dernier mot d’un livre qui vous hante et qui vous apprend à savoir attendre. Au fond : « Le bonheur a besoin simplement qu’on y consente.  

© Felicia Mihali 2012

Journaliste, romancière, et professeure, Felicia Mihali vit présentement à Montréal. Après des études en français, chinois et néerlandais, elle s’est spécialisée en littérature postcoloniale à l’Université de Montréal, où elle a également étudié l’histoire de l’art et la littérature anglaise. Elle a publié sept romans chez XYZ Éditeur, et son premier roman écrit en anglais, The Darling of Kandahar, vient de paraître chez Linda Leith Publishing (2012). [Photo : Martine Doyon]

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