Le château intérieur de Sainte Thérèse d'Avila I, par Katerine Caron

Cette grande œuvre été écrite en 1588. Elle pourrait avoir été écrite aujourd’hui tant mon entrée dans la première Demeure de ce Château a ouvert des espaces spirituels, intimes, organiques, sensuels qui me portent de Demeure en Demeure. Mes confidences s’abandonnent à la voix précise, soignante de Sainte Thérèse d’Avila qui dissout mes limites sans me donner le vertige tant elle parle avec tendresse à ses sœurs dans chacune des Demeures de ce Château intérieur.

Je partagerai avec vous mon voyage d’une demeure à l’autre.

 

I.

J'entre dans Le Château intérieur de Sainte Thérèse d'Avila où je suis guidée par la voix précise, soignante, humble, immense de Sainte Thérèse d’Avila. Cette œuvre mystique écrite au XVIe siècle est toujours d'actualité.

MA PREMIÈRE CONVERSATION AVEC SAINTE THÉRÈSE D'AVILA
 

Un vieux marécage

Une grenouille y saute

Oh le bruit de l’eau (Bashô)

Il y a des moments où mon cœur ressemble à un marécage morne et mat. Une grenouille saute. Mouvement. Ouverture.

À travers l’écriture de ce haïku, Bashô crée un satori : « Oh le bruit de l’eau ». Son éclatant et profond. Fissure. Déploiement d’une lumière. Transcendance. Roland Barthes définit ainsi le satori : « Le satori qui est probablement une sorte de constant mat du réel. » 

Et le marécage revient, mais vibre ce petit « tilt », ce satori, ou ce moment de grâce qui s'est manifesté avec une douceur, une délicatesse aussi forte qu’un volcan qui éveille mon âme. Une passion s’est installée en moi pour l’amour, le pardon.

En pleine forêt, il y a une forme d’abandon, de communion.

Sainte Thérèse d’Avila mentionne qu’il ne faut pas provoquer un moment de grâce, on ne peut ni le contrôler ni le posséder. Qu'un souvenir diffus, comme le goût fugitif de glace dans ma bouche.

La grâce se donne, vient, et s’achève. Gratitude.

Le marécage revient ou l’acédie. 

Roland Barthes parle ainsi de l’acédie : « Ce n’est pas une perte de croyance, c’est une perte d’investissement. […] La vie (spirituelle) apparaît monotone, sans but, pénible et inutile. »

L’acédie n’est pas une absence de foi, c’est une perte d’investissement spirituel. La perte d’investissement spirituel, selon moi, se manifeste d’abord physiquement. Un mal-être physique, une forme de resserrement de mon diaphragme. 

Il me tarde alors d’entrer dans Le Château intérieur où je suis, guidée par la voix précise, soignante humble, immense de Sainte Thérèse d’Avila. Cette œuvre mystique écrite au XVIe siècle est toujours d'actualité.

Dans la première Demeure, mon âme est déjà saisie par le mouvement profond, mystérieux, de la lumière centrale de la septième Demeure, la vie nouvelle, « une vie d'amour sans limites ». L’âme est un « mat » autour duquel gravitent autour sept Demeures.

Le chapitre premier de la première demeure affirme ceci : « L'oraison est la porte de ce château. » 

L'oraison, le moment de grâce, le petit « tilt », le satori.
 

© 2017, Katerine Caron


Katerine Caron

Katerine Caron est romancière et poète. Elle a publié un roman aux Éditions du Boréal, Vous devez être heureuse, qui a été nominé pour le Prix du Gouverneur Général et le prix Anne Hébert. Elle a publié deux recueils de poésie aux Éditions du Noroît: Cette heure n’est pas seule et Encore vivante. Elle a fait son mémoire de maîtrise sur la lumière dans la poésie de Saint-Denys Garneau. Projet en cours: boursière du Conseil des arts et des lettres du Québec, elle révise le manuscrit de son deuxième roman.

 

 

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Le château intérieur de Sainte Thérèse d'Avila I, par Katerine Caron

Il y a cet instant où je suis entrée dans Le Château intérieur et cette entrée continue de s’inventer, de s’ouvrir, de se poser en moi tant l’énigme des mouvements de mon âme a trouvé une réalité mouvante, une maison, prise sans possession par le verbe poétique et mystique de Sainte Thérèse d’Avila.

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